Le Vodoun est l’un des leviers touristiques du Bénin. Pourtant, peu de jeunes citoyens le perçoivent positivement à ce jour. Les membres du Comité des Rites Vodun (CRV) ont échangé avec les étudiants lors d’une conférence. Elle a eu lieu, samedi 10 octobre 2026, dans l’amphithéâtre Etisalat de l’Université d’Abomey-Calavi. Cet échange vise à mieux faire comprendre la théologie du Vodun aux participants. Les échanges ont notamment porté sur ses fondements spirituels, les idées reçues qui entourent ce patrimoine et la responsabilité des jeunes dans sa préservation.

« La sorcellerie n’a rien à voir avec le Vodun. Il ne tue pas. Le Vodun prône un humanisme total. » Cette affirmation du professeur Dodji Amouzouvi résume l’un des messages forts de la conférence consacrée au Vodun, le samedi 10 octobre 2026. « La théologie du Vodun et les potentialités touristiques du patrimoine immatériel béninois ».
C’est le thème abordé par les membres du Comité des Rites Vodun (CRV) devant les étudiants. Il s’agit notamment du Professeur Dodji Amouzouvi, la prêtresse Manbo Zila, Delaunay Suzanne à l’État civil et de Bertin Sossa, Secrétaire Exécutif du CRV. Au cœur des échanges, une préoccupation commune : amener les étudiants à mieux connaître le Vodun, au-delà des préjugés religieux et des stéréotypes qui influencent encore sa perception. Pour les intervenants, cette démarche est d’autant plus importante que les jeunes sont appelés à devenir les responsables de demain.
Comprendre le Vodun au-delà des idées reçues

Pour le professeur Dodji Amouzouvi, le Vodun ne peut être compris sans tenir compte de sa dimension spirituelle et philosophique. Il explique que, chez les peuples de l’Àjàtàdò, il existe deux catégories de créatures. Les créatures perceptibles et les créatures imperceptibles. Ils émanent du créateur unique Ma Wù (Dieu). Le Vodun relève de la dimension imperceptible, selon les explications du professeur pendant la conférence.
Il évoque également plusieurs groupes de Vodun. Entre autres, Lègba, Minona, Sakpata, Hêviosso, Gou, Tohossou et Towior. Dans sa présentation, la relation entre les entités spirituelles et les éléments de la nature occupe une place importante. La terre, l’eau, l’air et le feu participent ainsi à la manifestation du spirituel dans le monde perceptible.Le professeur souligne par ailleurs que le Vodun repose sur des principes.
Parmi ces principes figurent la reconnaissance d’un Être suprême, l’existence d’un ordre hiérarchique entre les créatures et la connaissance des interactions entre les entités divines et l’être humain. Il insiste aussi sur les pratiques propres à cette tradition. « Le Vodunssi (adepte,ndlr) n’adore pas le Vodun.
Il l’invoque à travers des rituels pour lui demander d’intercéder en sa faveur auprès de Ma Wù (Dieu) l’Être suprême », explique-t-il. Cette relation implique, selon lui, des exigences morales. L’humilité, l’honnêteté, la bienveillance sans ostentation, le dévouement et l’abnégation font partie des vertus attendues des fidèles.
Un héritage marqué par l’histoire
Au-delà des explications religieuses, la conférence a abordé la question de la perception du Vodun dans l’histoire. Delaunay Suzanne, prêtresse Manbo Zila, présente cette tradition comme une force transmise par les ancêtres.
« Le Vodun, c’est une force, une énergie que nos ancêtres nous ont léguée et que l’on convoque à travers les matières », affirme-t-elle.Selon elle, les erreurs de perception et les idées reçues sont liées, d’une part, à la période de l’esclavage.
D’autre part, à l’imposition de la religion des colonisateurs aux populations noires. Reconnaître ces faits historiques permet aux contemporains béninois de renouer avec leurs ancêtres. Selon la prêtresse c’est une façon d’assumer leur responsabilité pour une perception plus juste de cet héritage.

Cette démarche ne consiste pas à demander aux participants de changer de religion. Il s’agit plutôt de leur permettre de porter un regard différent sur cet héritage. Elle considère également le Vodun comme une marque d’identité. Cette lecture historique rejoint les préoccupations de Bertin Sossa, Secrétaire Exécutif du Comité des rites.
Il estime que les représentations négatives du Vodun ont longtemps empêché beaucoup de jeunes de s’y intéresser. Il attribue une partie de ces préjugés à l’héritage colonial.
Distinguer le Vodun de la sorcellerie
La confusion entre le Vodun, la sorcellerie et le satanisme constitue un autre point important des interventions. Le professeur Dodji Amouzouvi dénonce notamment les comparaisons entre certaines entités du Vodun, comme Lègba, et le démon dans la tradition chrétienne.
Il affirme que ces rapprochements traduisent une méconnaissance du Vodun. Bertin Sossa partage cette affirmation. Il souhaite que les étudiants comprennent que le Vodun est différent du Satan biblique. Les intervenants défendent ainsi la nécessité de distinguer les croyances et les pratiques afin d’éviter les amalgames. Cette question semble avoir marqué certains participants. Mazoucath Zibrila, étudiante en Licence 3 Socio-Anthropologie témoigne avoir appris plusieurs notions sur le Vodun au cours de la rencontre.

« L’une des idées reçues que j’ai corrigées aujourd’hui est la comparaison entre le Vodun et la sorcellerie. Cette conférence m’a permis de comprendre que le Vodun n’est pas la sorcellerie : ce sont deux choses différentes », explique-t-elle.
Son témoignage illustre l’un des objectifs poursuivis par les intervenants : permettre aux participants de questionner les perceptions qu’ils avaient jusque-là de cette tradition.
Les étudiants appelés à prendre le relais
Pour Bertin Sossa, le choix de sensibiliser les étudiants répond à un enjeu de transmission. « Cette conférence a été organisée parce que les étudiants constituent les autorités de demain. Ils représentent la relève de qualité », déclare t-il. Il estime que les futurs responsables d’institutions doivent connaître le Vodun afin de pouvoir prendre des décisions éclairées concernant cet héritage.
Selon lui, une personne qui a toujours combattu cette tradition pourrait difficilement défendre sa valorisation lorsqu’elle sera appelée à exercer des responsabilités.Il considère donc que la préservation du Vodun ne relève pas uniquement des dignitaires. Elle concerne également les jeunes et, plus largement, l’ensemble de la société.
Le professeur Dodji Amouzouvi évoque, pour sa part, la possibilité d’améliorer certaines pratiques afin de favoriser le tourisme religieux et de contribuer au développement du pays. Cette perspective souligne, à ses yeux, l’intérêt de réfléchir à la valorisation du patrimoine sans perdre de vue les principes de la tradition.
Emmanuella Gansou et Léandre Houan

